jeudi 2 juillet 2009
Les mots longs (Pentti Holappa)
Dans l'espace du cerveau
d'imaginaires roses livrent leur parfum,
des vols d'oiseaux, des vols
d'étoiles défient la tempête,
la pensée dessine le retour de l'instant
unique.
Soudain la peau et la toile
de chair hurlent,
comme un nouveau-né, terrifié,
goulûment. Les tissus
enflent pour devenir
l'humus de la mort, chair d'homme,
une vague opaque
balaie les châteaux de sable
bâtis par les pensées.
Jamais le plus ardent des
poèmes n'élucidera
l'aigre et furtive jouissance des sens.
Les mots longs, Pentti Holappa, poésie Gallimard
mercredi 10 juin 2009
La nuit (Claude Roy)
Elle est venue la nuit de plus loin que la nuit
à pas de vent de loup de fougère et de menthe
voleuse de parfum impure fausse nuit
fille aux cheveux d'écume issue de l'eau dormante
Après l'aube la nuit tisseuse de chansons
s'endort d'un songe lourd d'astres et de méduses
et les jambes mêlées au fuseau des saisons
veille sur le repos des étoiles confuses
Sa main laisse glisser les constellations
le sable fabuleux des mondes solitaires
la poussière de Dieu et de sa création
la semence de feu qui féconde les terres
Mais elle vient la nuit de plus loin que la nuit
à pas de vent de mer de feu de loup de piège
bergère sans troupeaux glaneuse sans épis
aveugle aux lèvres d'or qui marche sur la neige.
Claude Roy "Au sommeil la nuit" Poésies Gallimard
dimanche 7 juin 2009
soleil
La
lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil
(René
Char)
jeudi 4 juin 2009
mercredi 3 juin 2009
Une mort très douce
Elle continua donc d'enretenir des brumes dans sa tête et de dire oui à tout sans s'étonner de rien. Dans ses dernières années elle était parvenue à une certaine cohérence ; mais à l'époque où sa vie affective était le plus tourmentée, elle n'avait ni doctrine, ni concepts, ni mots pour la rationaliser. De là venait son malaise effaré.
Penser contre soi est souvent fécond ; mais ma mère c'est une autre histoire. Riche d'appétits, elle a employé toute son énergie à les refouler et elle a subi ce reniement dans la colère. Dans son enfance, on a comprimé son corps, son coeur, son esprit, sous un harnachement de principes et d'interdits. On lui a appris à se serrer elle-même étroitement dans des sangles. En elle subsistait une femme de sang et de feu : mais contrefaite, mutilée, étrangère à soi.
.../...
Il n'y a pas de mort naturelle : rien de ce qui arrive à l'homme n'est jamais naturel puisque sa présence met le monde en question. Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s'il la connaît et y consent, une violence indue.
Simone de Beauvoir (Une mort très douce)
mercredi 13 mai 2009
so much ...
The Red Wheelbarrow
so much depends
upon
a red wheel
barrow
glazed with rain
water
beside the white
chickens.
-- William Carlos Williams
dimanche 3 mai 2009
La sphère

Elle continuera de tourner dans sa boîte hermétique cette sphère de lumière et d'ombre qui nous emporte quand l'oiseau du sommeil nous étouffera dans ses plumes.
Le collectionneur, Maria Victoria Atencia
jeudi 16 avril 2009
(Andalousie)

Tu as prêté l'oreille aux accents de l'air
Sans jamais entendre de sérénade.
Tu attends encor, derrière tes vitres...
Quel poignant chagrin au fond de ton cœur,
de sentir en toi, lasse et épuisée,
La neuve passion d'une jeune fille !
Ton corps ira au tombeau
Intact d'émotions.
Sur la terre sombre
Poussera une aubade.
De tes yeux sortiront des œillets rouges.
De ton sein, des roses comme la neige blanches,
Mais ta grande tristesse ira vers les étoiles
Eclipsant et blessant tous les astres du ciel.
Federico Garcia Lorca, Elégie, extrait
jeudi 2 avril 2009
Ode aux fleurs de prunier
Bonzesse "Fleurs de prunier"
1206-1306 Dynastie des Yuan (Mongols) in "femmes poètes de la Chine" ED. "Le Temps des cerises"
Sur le versant sud de la montagne
Parmi les nuages qui stagnent
Je cherche le printemps mais n'en trouve aucun signe
A la fin de la journée, sur le chemin du retour
Quelle surprise de tomber devant
des pruniers sauvages en fleurs bordant un sentier
Je cueille une branche chargée du parfum printanier
Les yeux débordent de larmes impossibles à
réprimer
lundi 30 mars 2009
vacance
Intérimaires de l'amour, SDF du coeur, vacataires de la tendresse, unissez-vous !
dimanche 29 mars 2009
samedi 28 mars 2009
chaque fleur qui tombe
les fait vieillir davantage -
branches de prunier !
(Buson)
chiru tabi ni
oi-yuku ume no
kozue kana
lost in translation
shoku no
hi o
shoku ni utsusu ya
haru no yu
(Buson)
Ah ! Passant la flamme
d'une bougie à une autre -
soirée de printemps
jeudi 26 mars 2009
Ceux qui les foulèrent
Les fleurs qui jouaient alors sur l'herbe, l'eau qui passait au soleil, tout le paysage qui environna leur apparition continue à accompagner leur souvenir de son visage inconscient ou distrait ; et certes quand ils étaient longuement contemplés par cet humble passant, par cet enfant qui rêvait - comme l'est un roi, par un mémorialiste perdu dans la foule, - ce coin de nature, ce bout de jardin n'eussent pu penser que c'était grâce à lui qu'ils seraient appelés à survivre en leurs particularités les plus éphémères; et pourtant ce parfum d'aubépine qui butine le long de la haie où les églantiers le remplaceront bientôt, un bruit de pas sans écho sur le gravier d'une allée, une bulle formée contre une plante aquatique par l'eau de la rivière et qui crève aussitôt, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire traverser tant d'années successives, tandis qu'alentour les chemins se sont effacés et que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui les foulèrent.
Marcel Proust "Du côté de chez Swann"
mardi 17 mars 2009
du côté de
Aussi le côté de Méséglise et le côté de Guermantes restent-ils pour moi liés à bien des petits événements de celle des diverses vies que nous menons parallèlement, qui est la plus pleine de péripéties, la plus riche en épisodes, je veux dire la vie intellectuelle. Sans doute elle progresse en nous insensiblement et les vérités qui en ont changé pour nous le sens et l’aspect, qui nous ont ouvert de nouveaux chemins, nous en préparions depuis longtemps la découverte ; mais c’était sans le savoir ; et elles ne datent pour nous que du jour, que de la minute où elles nous sont devenues visibles.
Marcel Proust "Du côté de chez Swann"
lundi 9 mars 2009
sans lunettes
WELCOME !
"Plus tard, sans doute, nous le regretterons, mais, encore plus tard, nous nous en réjouirons, et égrènerons dans notre mémoire les noms de tous ces bars où nous nous sommes adonnés à l'intense activité, à l'essentielle futilité de ne rien faire, de perdre son temps avec délice ..."
Chantal Thomas "Comment supporter sa liberté"
mardi 24 février 2009
Brume du matin
samedi 21 février 2009
Possessions
"J'aime mieux ne pas avoir de meubles et qu'ils soient à moi"
Alphonse karr





























